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Rat de ville

Dernière mise à jour : 30 sept. 2021



Il y a encore quelques années, j’étais incapable de répondre à cette médiocre question « ville ou campagne ? ». Comme si l'un ne pouvait être complémentaire de l'autre, et que notre choix allait refléter plus de nous que notre thème astral. Ayant passé près de 18 ans de ma vie à la campagne, mon avis ne pouvait qu’être biaisé vu ma méconnaissance sur le doss de la vie citadine. J’étais clairement campagnarde et fière de l’être. J’aimais l’odeur de purin frais qui se mêle à la brume matinale. J’aimais également le silence absolu bien souvent brisé par un populaire et sarcastique "cocorico". Mais ce que j'aimais par dessus tout, c'était la paix. La paix de crier fort aux soirées karaokés, celle de bronzer seins nus dans le jardin et même celle de pouvoir hiberner pendant une semaine sans jamais être en contact avec le monde extérieur. Un vrai kiff.

Les seules fois où j’osais m’aventurer dans la jungle de la ville, c’était pour aller me décharger dans les boîtes de nuit ouvertes aux mineures. Je ne peux oublier la première fois que j'ai inhalé cette odeur nauséabonde de sueur, mélangée à la cigarette et au vomi, (évidemment à 15 piges on ne connait pas encore ses limites avec l'alcool). Planant sous l'adrénaline provoquée par une centaine de décibels et des hormones d'ados se consumant en moi je ne pouvais qu'être envoutée par le monde de la nuit. Le seul hic était que pour le trajet en taxi (pas d’Uber of course), de chez moi jusqu’au centre, il fallait débourser somme de minimum 60 balles. Et ça, seulement après près de 20 minutes de négos telles un requin de Wall Street. Parce qu’en se basant sur le compteur on pouvait rapidement faire x2, et autant dire qu’à 16 piges tu as pas cette thune, en tout cas moi je l’avais pas. Donc évidemment comme des gosses bien écervelés qui vivaient avec cette soif de nightlife dégoulinant dans nos veines, mes copines et moi finissions souvent par lever ce bon vieux pouce. Il y avait bien une gare, où un piètre train passait environ 3 fois par jour, mais cette dernière avait l’audace de se trouver à pas moins de 22 minutes de voiture de ma maison soit 1 h 57 de marche. Flemme. Je me souviens encore de la fois ou à 6 h du mat on s’est endormies dans le train en rentrant de résoi et qu’on s’est réveillés à la frontière du Luxembourg. Je n’avais pas une thune sur moi, mon dernier billet lâché dans une vulgaire vodka Redbull. J’ai fini par prendre un taxi de la gare jusque chez ma grand-mère, j’ai débarqué chez elle à 8 h du mat, talons à la main tout sourire, lui implorant de régler la course. J’ai été privée de sortie pendant 2 mois. Snif. Bref, jeunesse plutôt dorée malgré les gros arachnides et la distanciation sociale forcée.

La première ville dans laquelle j’ai vraiment vécu était San Diego en Californie. Pas degeu vous allez me dire. Eh bah en fait si, degeu. Du haut de ma jeune majorité, j’ai ressenti cette ville sans âme, polluée et reflétant à elle seule toute la misère des inégalités sociales qui était le corollaire du système capitaliste américain. Je me suis pris une putain de grosse claque avec mes idéaux de « California dream » d’ado naïve. Première expérience citadine foireuse dans une ville idéalisée par les 2/3 de la planète. Shit, la ville c’est de la merde.

En rentrant en Belgique, j’ai décidé de me lancer en Sciences Po (peut être influencée par ces 6 mois baignés dans l’absurde politique total) et ai donc dû emménager à Bruxelles. Débuts difficiles, je suis en total désarroi face aux systèmes des transports en commun, je sursaute à chaque klaxons et suis abasourdie par tous ces mecs qui m’interpelle dans la rue pour tenter de me ramener dans leur lit. Cependant je m'accroche à mes rêves et refuse catégoriquement de rebrousser chemin chez maman. Bien qu’il me faille près d’un an pour tenter la grasse mat avec les bruits intempestifs de la ville, je finis par m’y habituer. Je commence à apprécier l’extrême proximité, le fait que je puisse tout faire à pattes ou en trott, quelle liberté bordel. Je tombe également rapidement dans une relation d’amour toxique avec notre cher ami Uber Eats, un PN lui c'est sure. Bien que j’ai encore du mal à imprégner l’idée que si je me balade à poil chez moi, il y ai 9 chances sur 10 qu’un voisin puisse être occupé à me mater, j’aime la ville. Mais genre vraiment je la kiffe, c’est même mon gros gros crush depuis quelque temps. Je me sens moins seule, comme partie d’un tout, je connais mes voisins et ai l’impression d’avoir tout à portée de main. L’idée même que mon bar préféré ne soit qu'à 15 minutes à pieds me comble de bonheur chaque jour. Je pense que le must c’est les midnight walks. Ces moments quand il est 3 h du mat, que tomber dans les bras de cette pétasse de Morphée devient aussi compliqué que de rentrer dans un jeans taille 38 de chez Zara, que d’un coup d’un seul tu enfiles un jog, tu choppes tes écouteurs et tu te balades en plein cœur de la ville. Ces moments-là sont à la fois mélancoliques et rêveurs, mais surtout inspirants. Je me projette dans mon futur d’un simple regard posé à travers une fenêtre. Billie Eilish ou des podcasts dans mes oreilles, souvent des podcasts, j’adore les podcasts.

J’ai l’impression que maintenant que j’ai goûté à la jouissance de ce qu’apporte la vie en ville je ne pourrais jamais me résigner à autre chose. Je suis devenue ce genre de meuf indigne qui tire une drôle de tête quand tu lui dis que tu vis en province et que tu t’y plais bien. Alors, ne me méprenez pas, j’adore passer des vacances à la campagne, me ressourcer avec de l’air pur et le chant des cigales, j’adore. Mais je pense également que je préfèrerais vivre dans un 25 m2 à ne plus savoir où mettre mes fringues plutôt que d’emménager en banlieue chic et suivre l’exode urbain des trentenaires. Vous allez me dire que je suis encore jeune et que c’est normal que j’aie cet état d’esprit actuellement. Sauf que non, je me vois très bien à 35 ans incarnant à la perfection mon personnage de Samantha dans Sex And The City, profitant de tout ce que la ville a à m’offrir et jouissant d'une liberté encore inégalée.

Bien que je chérisse cette ville de tout cœur, je ne compte pas passer le reste de ma vie à Bruxelles. J’ai déjà vécu plusieurs mois à Paris, expérience perturbée par un truc qui s’appellerait le coronavirus, pas ouf, je ne recommande pas. Et là je me casse dans 4 jours à Londres (si je passe la frontière avec le Brexit mdr). Je suis excitée comme une puce à l’idée de conquérir une ville d’une telle envergure que London. Next step? NEW YORK BITCH, pour enfin faire partie du cast the Sex and The City. Enfin en tout cas c’est le goal, Paris, Londres, New York, that's my future. Well, if everything happens as planned. Sinon je retrouverai à bras ouverts cette bonne vieille odeur de bouse de vache que j’aime tant.

See you vraiment soon <3

Sassy Lari.

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